Communiqué de Mgr Ballot - 20 mars 2020

Nouveau communiqué de Mgr Ballot, 20 mars 2020

À tous les catholiques de Savoie

Chers amis, chers frères et soeurs,

Depuis mardi nous vivons un confinement total, une expérience à laquelle nous ne nous étions pas vraiment préparés. Chacun la vit avec son histoire, sa personnalité, son appréciation personnelle de la situation. Nous savons que ce confinement total est nécessaire si nous voulons servir la Vie, sauver des vies et permettre à ceux qui en auront le plus besoin d’être bien soignés. Nous sommes en admiration devant le personnel de santé, déjà éprouvé ces derniers mois. Nous les portons dans notre prière quotidienne.

Comme sûrement toutes celles et ceux qui le peuvent, à 20 heures chaque soir je sors sur le balcon et j’applaudis, pour remercier ces soignants, voyant autour de moi dans les immeubles d’autres personnes également applaudir. Je ressens un certain malaise lorsque je vois l’espace que j’ai à l’archevêché, étant seul, quand dans le voisinage, des familles -parfois nombreuses- sont dans des appartements.

Mais tous, nous nous sentons surtout solidaires. Pensons au personnel de sécurité. Pensons à toutes celles et ceux qui ont des responsabilités
importantes, notre Président de la République et son gouvernement, les parlementaires, les maires, tous les élus. Nous les portons dans notre prière quotidienne. Pensons aux personnes dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les EPHAD, aux malades dont les rendez-vous ou les interventions qu’ils devaient subir ont été reportés, aux familles dont un membre est atteint par le coronavirus, aux familles en deuil, à toutes celles et ceux qui sont fragiles, isolés, avec peu de moyens : les personnes sans domicile fixe, les migrants, les personnes du quart-monde…

Pensons à toutes celles et ceux qui vivent dans ce que nous appelons les quartiers populaires et où il est peut-être difficile de travailler à distance, que ce soit pour les parents ou les enfants. Ce n’est pas simple d’organiser le travail scolaire quand le professeur qui a les connaissances n’est pas là.
Nous les portons dans notre prière quotidienne. Pensons aux associations qui continuent d’aider les plus démunis, comme par exemple la Cantine Savoyarde, à quelques pas de l’archevêché et de la Maison Diocésaine.Nous les portons dans notre prière quotidienne.

Pensons à celles et ceux dont le métier ne peut s’exercer à distance, artisans, commerçants, entreprises qui construisent des pièces et les assemblent, à ceux qui nous permettent d’être nourris, chauffés,
d’avoir de l’électricité, le courrier, les médicaments…Nous les portons dans notre prière quotidienne.

Pensons à tous les pays qui luttent contre le coronavirus, particulièrement nos proches amis italiens, les pays qui ont moins de moyens que nous pour le combattre, les pays toujours en guerre ou vivant d’autres épreuves graves, les migrants qui continuent de traverser la Méditerranée, celles et ceux qui sont à la frontière gréco-turque etc…Nous les portons dans notre prière quotidienne. Et tant d’autres encore…….

Et puis comme nous sommes une famille, je pense à vous et à toutes celles et ceux qui vous sont proches. J’ai une pensée particulière pour les prêtres et les diacres, présence visible du Christ pasteur et serviteur, les religieux et religieuses apostoliques et nos moines et moniales - cisterciens de Tamié, bénédictines de la Rochette, soeurs de Bethléem - qui nous portent dans leur prière. Je vous assure tous de ma prière quotidienne. Nous nous portons dans notre prière quotidienne.

Je lis ce que nous vivons à la lumière de la Parole de Dieu. Je remercie le P. Louis Duret d’avoir proposé la belle citation de l’évangile de Marc : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! » Jésus monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba » (Mc 6, 50). Jésus est monté dans la barque alors que la tempête était toujours là. C’est certain, Jésus est au milieu de nous et partage avec nous l’épreuve.

Les églises sont laissées ouvertes, signes d’un confinement qui n’est pas repli sur soi. Elles ont une belle place dans les quartiers et les villages. Elles sont ces lieux uniques où chacun peut se recueillir, prier et prendre la mesure de ce qui lui arrive. Même si le confinement ne permet pas de s’y rendre aussi facilement que désiré, elles restent là comme une présence qui rassure. Quand les cloches sonneront le 25 mars à 19h30, elles le rediront à leur manière.

L’eucharistie prend une signification assez nouvelle quand le peuple ne peut être présent, même pas avec une ou deux personnes. « Je la célèbre en prenant mon temps » me disait au téléphone un prêtre qui ajoutait qu’il pensait à toutes les personnes qu’il devait rencontrer, celles dont il a aussi le souci. Mettre quelques photos devant l’autel rend en quelque sorte présents celles et ceux qui ne peuvent être là. Source et sommet de la vie chrétienne, nous rappelle le concile Vatican II, l’eucharistie nous dépasse et nous enveloppe. Elle enveloppe le monde.

Samedi commencera la neuvaine au Vénérable Camille Costa de Beauregard. Nous en avons beaucoup entendu parler ces derniers jours, nous avons les informations nécessaires pour la prier. Cette belle figure de prêtre diocésain se rapproche de nous en ce moment d’épidémie. Son directeur spirituel lui avait dit -en lui montrant un portrait de Saint Benoît Labre- que pour être pauvre, il fallait devenir comme ce « saint mendiant européen ». Camille était alors au séminaire français à
Rome, il se préparait à devenir prêtre souhaitant être proche des plus pauvres. Être pauvre avec les pauvres. …/…C’est une forme de pauvreté que nous vivons en ce moment, une sorte de dépouillement.

Il m’arrive aussi de penser à l’après-pandémie. Comme l’a dit le Président de la République : « nous sommes en guerre » et il y aura un avant et un après épidémie. Un psychologue et sociologue disait que la modernité serait fortement questionnée et nous savons déjà que notre modèle de développement économique devra changer, il ne suffira pas de le relancer. La crise écologique nous avait déjà mis sur le chemin. Le pape François nous avait alerté : "Tout est lié", répète-t-il sans cesse…

Qu’est-ce que cette expérience nous a apporté ? Qu’est-ce qu’elle nous demande comme choix de société ? Voilà les questions que nous aurons à nous poser. Elles rejoignent la question que posaient les évêques au moment des grands débats de société de ces dernières années, de ces derniers mois : quelle société voulons-nous ? Saurons-nous mieux y répondre ? Et si, quand nous serons sortis de l’épreuve, nous allions demander comment répondre, d’abord aux plus fragiles, aux gens du Quart- Monde, aux migrants, à ceux qui habitent les quartiers populaires, avant tous les autres aussi compétents soient-ils ? Avant de confier la recherche de solutions à nos ordinateurs qualifiés de puissants ! « Quand je suis faible c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). Il ne faudra pas oublier de nous poser ces questions. Préparons-nous !

Dimanche sera le quatrième dimanche de carême, un carême bien particulier. Nous serons tous confinés et le jour du Seigneur sera comme un jour où la communauté, visiblement absente, sera à l’image de la communion des saints. Chacun investira en quelque sorte sa cellule intérieure. Nombreux seront ceux qui participeront à la messe en regardant KTO ou le Jour du Seigneur et parmi eux certainement des non-pratiquants. Ils pourront se rappeler que tout au long de l’année c’est la manière dont participent à l’eucharistie dominicale les personnes qui ne peuvent se déplacer.

Je vous reste uni par la prière, confiant à Notre-Dame de Myans les jours qui viennent. L’Évangile de l’aveugle-né que nous lirons dimanche, que les catéchumènes vont méditer, se conclut avec des mots très forts de Jésus : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Quelle actualité dans ces quelques mots prononcés par Jésus ! Celui qui prétend voir ne s’aveugle-t-il pas alors que celui qui ne voit pas, cherche et reconnaît sa petitesse humblement, est sur le chemin de la vraie lumière, le Christ.

Je vous donne ma bénédiction ainsi qu’à toutes celles et ceux qui vous sont chers.
Fraternellement en Christ.

Mgr Philippe Ballot,
Archevêque de Chambéry,
Évêque de Maurienne et de Tarentaise

20 mars 2020, mis à jour le 30 mars 2020