Communiqué de mgr Ballot - 11 mai 2020

Communiqué de Mgr Ballot - 11 mai 2020

A tous les catholiques de Savoie

Chers amis, chers frères et sœurs,

Le 17 mars 2020, nous entrions dans un temps dont nous ne savions pas où il allait nous mener. Un mot nouveau, que nous connaissions peu, allait devenir très présent dans toutes nos conversations : confinement. Nous commencions la troisième semaine du carême. Ce temps a duré quinze jours, puis davantage.

Le 11 mai 2020 est une deuxième date qui marque une étape. Je n’aime pas trop employer le mot « dé-confinement » qui ne la décrit pas bien, car ce que nous avons vécu depuis le 17 mars est d’abord une expérience humaine et spirituelle profonde, inédite et hors du commun. Elle continue de nous marquer et de nous habiter.

C’est dans ce sens que le père Michel Euler, vicaire général, nous a transmis les repères nécessaires pour vivre au mieux cette étape. Je le remercie, comme le père Louis Duret, Pierre Dionne, qui ont été chaque semaine à mes côtés pour me conseiller et m’aider dans mon ministère.
Je remercie les membres du conseil épiscopal élargi avec qui j’ai pu aussi travailler, Sabine le Bideau et son équipe pour la pastorale de la santé, Sylviane Gachet pour la pastorale des funérailles. Dans nos trois diocèses de Savoie chacun de nous, là où il était, avec sa propre responsabilité, a assuré au mieux sa mission.

La vie continue donc avec la possibilité retrouvée, de nous mouvoir librement, avec de nouvelles manières d’entrer en relation, de nouveaux gestes. En suivant les directives données par le gouvernement et nos élus, parlementaires et maires, nous avons tous répondu au mieux aux attentes spirituelles qui s’exprimaient. Nous continuerons de le faire.

Nos églises-bâtiments seront amenées à être davantage le signe de l’Église faite des pierres vivantes que nous sommes et ouverte aux autres qui sont à nos côtés. Elles sont restées ouvertes depuis le 17 mars, il ne faudrait pas trop vite oublier ce signe fort. Je pense, à ce propos, à la lettre de mission que j’ai donnée quelques semaines avant le 17 mars au dernier diacre que j’ai pu ordonner, Dominique Rosset. Voici ce qu’on peut y lire : « Vous exercerez la diaconie de la liturgie dans la préparation et la célébration des sacrements : eucharistie, baptême, mariage, en ayant aussi le souci, avec d’autres, de garder un lien fraternel avec les personnes qui auront reçu un de ces sacrements (…) en favorisant l’ouverture des églises afin que chaque commune où est présente une église, des bonnes volontés soient responsabilisées. Vous pourrez vous inspirer de l’éditorial que que j’ai fait paraître dans le bulletin diocésain à la suite de rencontres avec les maires du département de la Savoie (« Église en Savoie », Février 2015, en annexe). »

L’attention aux autres, aux plus faibles et aux plus fragiles particulièrement, s’est développée et approfondie, la proximité géographique ou autre s’est déployée. Cela rejoint l’une de nos orientations depuis des années : cheminer avec, garder le contact, garder des liens dans une gratuité totale. L’année passée, travaillant sur nos attitudes pastorales fondamentales, nous avions décidé de nous rappeler que tout commence par la relation. Et notre modèle était le Christ pauvre et serviteur.

Le pape François, citant par deux fois Benoît XVI, rappelait dans l’exhortation Apostolique « La Joie de l’Évangile » (N° 7) et celle, qu’il a adressée aux jeunes en particulier, «  II vit, le Christ, » (N°129,) ceci : « À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». Il ajoute, quelques lignes après, citant encore Benoît XVI : « Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer (le Christ) sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ». ». (« La Joie de l’Évangile » N° 14). En 1985, le cardinal Ratzinger observait déjà qu’au début de l’ère chrétienne, la conversion des païens ne s’était réalisée que « par la communauté croyante en tant que telle : son existence est une réalité qui attire les hommes ou tout au moins leur pose une question. Le premier pas pour devenir chrétien ne consistait guère, en général, à demander un programme, mais se réalisait par la sympathie à l’égard de l’image de communauté représentée par l’Église, sympathie qui souvent prenait sa source dans l’amitié personnelle immédiate avec des chrétiens » (les principes de la théologie catholique, et qui, 1985, page 140). Ce que nous venons et allons continuer de vivre ne nous invite-t-il pas à ce constant témoignage simple et direct ?

Avec joie, avec confiance, avec espérance, je suis heureux de vivre à nouveau cette étape avec vous. Je connais votre sens de la responsabilité et votre désir de témoigner. Au milieu de vous et avec vous je continue ma mission de veilleur, d’évêque.

 Je me confie à vos prières et vous redis toute mon amitié dans le Christ mort et ressuscité. Je confie nos diocèses à Notre-Dame de Myans et continue de prier le Seigneur par l’intercession du vénérable Camille Costa de Beauregard qui fut bien présent dans mes pensées et mon cœur durant ces deux derniers mois.
Très fraternellement avec ma bénédiction.

Mgr Philippe Ballot
Archevêque ce Chambéry
Evêque de Maurienne et de Tarentaise

11 mai 2020