Édito, mars 2020

Billet de Mgr Ballot, Église en Savoie

« La charité politique »

Lorsque l’on parle de charité en y ajoutant un qualificatif, ce n’est pas le mot « politique » qui nous vient spontanément à l’esprit. Et pourtant il fut utilisé par la pape Pie XI le 18 décembre 1927, dans un discours à la Fédération universitaire italienne : “Le domaine de la politique, qui regarde les intérêts de la société tout entière… est le champ le plus vaste de la charité, de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sauf celui de la religion”. Le Pape Bienheureux Paul V, tenait, dans sa lettre au Cardinal Roy du 14 mai 1971 pour le 80e anniversaire de “Rerum Novarum”, un langage semblable : “La politique, écrivait-il, est une manière exigeante… de vivre l’engagement chrétien au service des autres” (Octogesima Adveniens, 46).

En réalité cela n’a rien d’insolite car les choix politiques impliquent une pensée, une idée qu’on se fait de l’homme et de ce monde, une anthropologie. Ils sont l’expression du cœur d’où sort ce qui est bon ou mauvais (Marc 14, 20-23).

« Certes, l’Église le sait, et vous-mêmes en avez fait parfois la dure expérience, le monde politique est, lui aussi, marqué par l’attachement à des intérêts égoïstes, en un mot, par le péché. Mais le chrétien ne saurait s’en détourner pour autant. Il doit se persuader, au nom même de sa foi en l’action de l’Esprit de Dieu dans l’histoire, que l’activité politique peut être un service, authentique, à condition de purifier toujours son objectif et son intention. » rappelait le pape Saint Jean-Paul II dans son discours à un groupe de parlementaires de Belgique le Vendredi, 19 septembre 1986. Il ajoutait : « Envisagée de cette manière, l’activité politique est incontestablement une vocation au sens noble et chrétien du mot. Au sein des complexités et des affrontements du monde politique, vous êtes appelés à être les infatigables promoteurs de l’épanouissement total de l’homme selon le Christ et selon les enseignements de son Église. »

Les prochaines élections municipales seront l’occasion, pour beaucoup de chrétiens, de se présenter sur des listes. Ils auront à témoigner de cette charité politique. Ils seront au plus près du terrain. Ils devront être facteur de dialogue, de communion et d’écoute. Nous savons combien ceci est important mais difficile aujourd’hui, notre société apparaissant fracturée, éclatée, peinant à trouver une unité. Les réponses données aux questions de nos concitoyens apparaissent trop souvent comme celles d’un ordinateur, d’algorithmes insensibles, froids, ou inspirés par l’Argent-Roi. « Nous changeons d’époque. Il nous faut penser un nouveau progrès. Cela ne se fera pas sans une vision commune de notre humanité ni sans une solidarité qui renforce nos liens et réajuste les droits et devoirs de chacun l’ambition de notre « fraternité » exige des conversions qui nous guérissent de la toute-puissance de nos désirs individuels et collectifs. » rappellent les évêques de France avec de nombreuses autres personnes.

Dans tous les « camps » il y a des chrétiens. Ceux qui seront élus auront à écouter ceux qui ne pensaient pas comme eux et à tenir compte de leurs avis. Ils ne doivent pas devenir autistes, ce qui est une forme de « dictature » limitée dans le temps. « J’applique mon programme puisque je suis élu » entend-on trop souvent, alors que ce n’est qu’une minorité qui l’a approuvé au départ. Or un programme ne peut et ne doit jamais s’appliquer comme une pensée unique qui s’impose, il doit s’adapter.

Les chrétiens élus auront aussi à se rappeler que leur présence a quelque chose d’original que Frédéric Ozanam exprimait ainsi en écrivant à son ami Nicolas Tomaseo : « Il y a des chrétiens dans tous les camps. Dieu nous disperse sous des drapeaux ennemis pour qu’il n’y ait pas dans cette société divisée, un seul parti, une seule faction où quelques bouches n’invoquent et ne bénissent le Dieu Sauveur ».

La prière comme facteur d’unité et de communion ! Je porte dans ma prière tous ceux qui se présentent, je souhaite un beau débat respectueux et un bon travail à ceux qui seront élus. J’encourage tous les chrétiens élus à vivre la charité politique dans la prière, en ayant à cœur de toujours servir le Bien Commun.

6 mars 2020