Édito, novembre 2020

Billet de Mgr Ballot, Église en Savoie.

Le pape François et l’Iman Ahmad Al-Tayebb

Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, élu pape le 13 mars 2013, a été le premier pape à prendre le nom de François, nom choisi en mémoire de saint François d’Assise. Ce choix a traduit dès le départ l’orientation de son pontificat : l’attention aux plus pauvres et aux plus fragiles, le dialogue plutôt que le combat, la rencontre de l’autre plutôt que l’ignorance.

Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui ce pape nous fasse le don de l’encyclique « Fratelli tutti ». Ce sont les mots que Saint-François-d’Assise écrivait quand il s’adressait à ses frères et sœurs est-il rappelé dès le début de l’encyclique. C’est aussi à l’image de Saint-François-d’Assise que le pape n’hésite pas à écrire qu’il s’est « particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb » pour écrire son encyclique. Il s’agit de la même démarche que pour la rédaction de l’encyclique Laudato Si’ : « J’ai trouvé une source d’inspiration chez mon frère Bartolomée, Patriarche orthodoxe qui a promu avec beaucoup de vigueur la sauvegarde de la création ». Le pape ajoute que pour écrire cette encyclique, il a été inspiré par « de nombreuses lettres et documents contenant des réflexions » que lui ont adressées des personnes et des groupes. La pensée du Pape s’est donc construite dans le dialogue et l’écoute.

Qui pourrait aujourd’hui douter de l’importance de la fraternité ? Qui pourrait ne pas se rendre compte qu’elle est fragilisée dans nos sociétés ? Qui pourrait oublier qu’elle est le socle sur lequel on peut construire une vie sociale ? Qui pourrait ne pas la considérer comme la condition pour sauvegarder la maison commune ? Déjà, à l’occasion de son voyage apostolique aux Emirats Arabes Unis, dans un document, « la Fraternité Humaine. Pour la paix mondiale et la coexistence commune », le Pape François et le Grand Imam Ahmad Al-Tayebb invitaient à reprendre cette question de la fraternité : « La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. (…) Le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres ». Il y a donc une urgence à préserver et à développer la Fraternité.

Mais ne nous y trompons pas, il s’agit d’un travail exigeant. Le pape et l’imam ont conscience de la dureté de la tâche. Ils affirment en effet : « Cette déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants. »

De son côté dans une déclaration récente, le conseil permanent de la conférence des évêques de France se demande si notre société est vraiment fraternelle, évoquant les violences, les catastrophes naturelles, la bioéthique. On peut lire : « la lutte contre la violence et la surveillance des comportements est sans doute nécessaire, mais elles resteront insuffisantes et impuissantes, si tous, nous ne travaillons pas à construire des relations de fraternité sans lesquelles la liberté et l’égalité perdent leur sens. La fraternité peut être plus forte que les menées séparatistes, si elle est vécue en vérité, sans naïveté et avec constance. » Et on peut lire aussi : « Un enfant n’est plus accueilli, il est désiré, produit et choisi. Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle n’a rien de mieux à proposer aux mères en détresse que l’élimination de l’enfant qu’elles portent ? Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle organise la naissance d’enfants qui n’auront pas de père, tout au plus un géniteur ? Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle renonce à reconnaître les rôles de la mère et du père, lorsqu’elle ne reconnaît plus que le lieu digne de l’engendrement d’un être humain est l’union corporelle d’un homme et d’une femme qui ont choisi d’unir leurs vies pour créer un espace d’alliance et de paix au milieu de ce monde magnifique et dangereux ? »

Certains proposent même de pouvoir étendre l’avortement jusqu’au neuvième mois en invoquant comme justification une détresse psychosociale. Quelle fraternité est possible quand on pense à l’élimination d’un enfant à naître plutôt qu’au soutien pour qu’il vive au milieu de nous ?

La fraternité doit se vivre aussi quand celui qui est à côté de moi est un migrant, un pauvre, une personne désorientée, une personne marquée par un handicap, partout où se décèle une fragilité, fragilité qui, par son existence même, est un appel à plus de fraternité.

Que chacun prenne le temps de travailler l’encyclique « Fratelli Tutti » et la déclaration d’Abu Dhabi ! Qu’à la lumière de ces beaux textes nous puissions faire face aux défis du monde d’aujourd’hui et y répondre !

23 novembre 2020