Édito, novembre 2019

Billet de Mgr Ballot, Église en Savoie

« Des chaises vides aux chaises disponibles ! »

Il y a quelques temps je célébrais une messe un dimanche en paroisse. C’était la journée mondiale du migrant et du réfugié. Une magnifique assemblée colorée et très fraternelle ! Était-ce parce que cette journée nous invitait à l’accueil ? Mais à la fin de la célébration m’est venue spontanément une pensée que j’ai traduite par ces quelques phrases prononcées devant l’assemblée : « j’aime célébrer dans une église où il y a des chaises vides, car elles attendent quelqu’un. Elles me rappellent que chacun de nous peut s’y rendre avec quelqu’un, qui aura une chaise pour lui. Ce sont souvent les plus âgés qui nous disent que les églises se vident comme si toutes ces chaises avaient déjà été occupées par des personnes qui nous auraient quittés, alors que ces mêmes personnes ne sont jamais venues ou que ponctuellement. Réflexion qui nous sape le moral ! Or nos églises ne se vident pas, elles attendent quelqu’un, quelques-uns. Lorsque nos églises sont bien remplies c’est souvent l’occasion d’un grand moment où nous sommes entre nous (ordination, confirmation une belle fête patronale etc.). Cela nous fait du bien, mais nous ne pensons plus aux autres qui sont à côté de l’église. C’est un peu l’entre soi qui prime. »

Penser que des chaises sont disponibles plutôt que vides renverse la perspective, qui alors nous positionne autrement vis-à-vis des personnes qui nous entourent. Changer la perspective, changer le regard, c’est voir une autre réalité. Viens avec moi et vois, il y a de la place ! J’aimerais bien que tu m’accompagnes ! Ne viendrais-tu pas avec moi ? On va prier pour votre défunt dimanche, je viens avec vous ! Voilà quelques paroles qui traduisent ce changement de perspective. Changer le regard est une manière très juste et forte d’envisager la présence de l’autre et de lui partager cette dimension si importante de nos vies qu’est la foi. C’est aussi signifier à celui qu’on aimerait rencontrer plus souvent dans notre communauté qu’il a sa place et que nous sommes heureux quand il est là. Cela se voit déjà dans les paroisses lorsqu’existent des dimanches ou samedis fraternels, au cours desquels on fait converger tous ceux qui ont un lien avec la communauté : par exemple, ceux qui ont demandé le baptême pour leur enfant et qui viennent le présenter, ceux qui se préparent au mariage, ceux qui ont vécu un décès récemment, les familles qui ont inscrit un enfant à la catéchèse, celles qui scolarisent dans l’Enseignement Catholique, celles dont les jeunes sont à l’Aumônerie de l’Enseignement Public ou participent à divers mouvements de jeunes.
Partageant cette réflexion personnelle, on m’a aussi dit que ce pouvait être les chaises de ceux qui auraient pu être là et qui sont absents en raison du grand âge ou des soucis de santé. Ils sont présents cependant et nous en avons le signe, ces chaises vides. J’ai aimé ce prolongement de la réflexion. Car finalement tout dépend toujours du regard que nous portons sur ce qui nous est donné de voir. Passer du vide au disponible est une vraie conversion. Et si nous nous le disions les uns aux autres ? Et si nous décidions de vivre cette conversion dans notre paroisse ?
Inviter à venir ensemble à une célébration est une habitude à prendre, par exemple inviter des voisins jeunes ou moins jeunes, des jeunes couples, des enfants, des adolescents, des familles que nous côtoyons chaque jour. Et si les grands-parents invitaient, sans gêne, leur petit-fils, leurs petites-filles à les accompagner surtout quand ils ont 15, 16, 17 ans ou plus ? Pensez-vous qu’ils essuieraient automatiquement un refus ?
Des chaises sont disponibles dans nos églises. Notre pensée et notre coeur le seraient-ils aussi ? Je le crois.

12 novembre 2019, mis à jour le 6 mars 2020