Édito, octobre 2019

Billet de Mgr Ballot, Église en Savoie

« Les anciens, les personnes âgées. »

Il y a quelques jours on m’a raconté cette anecdote très éclairante : un moine bouddhiste, très connu, visite une abbaye. Le père Abbé lui présente spontanément les plus jeunes moines et les novices pour un échange. Notre invité s’adresse au père Abbé et lui dit : « ce n’est pas ceux-ci que je désire rencontrer mais les plus anciens, ceux qui sont dans l’abbaye depuis le plus longtemps, ceux qui ont duré dans leur engagement  ».
Les jeunes nous fascinent toujours et dans notre société nous avons la tentation permanente de penser qu’il y a un âge d’or dans la vie d’un être humain. Nous aimons nous attarder sur la tranche 25-45 ans. Quelquefois nous faisons même un arrêt sur image, essayant tout ce que nous pouvons pour rester, dans sa tête et dans son corps, dans cette tranche d’âge. Notre moine bouddhiste nous invite à un autre regard et à d’autres habitudes.
L’âge avancé n’est pas d’abord un problème ou une épreuve, il est une richesse. Présentant à un évêque de Madagascar les prêtres de Savoie, je lui fais remarquer que la moyenne d’âge est plus grande que chez lui. Il me répond : « Mais vous avez la sagesse dans vos prêtre âgés ». Il avait raison. On le voit dans la manière dont les jeunes prêtres et les prêtres plus anciens se soutiennent, les uns transmettant la responsabilité sans se désengager du souci de la mission, collaborant dans une réelle fraternité. C’est une richesse des diocèses de Savoie. Nous voulons la développer encore.
Même bien diminuée, la personne a toujours toute sa place. Dans un beau reportage dont le titre est « nous avons rencontré d’autres Vincent Lambert », le journal « la Vie », dans un numéro du mois de juillet, évoque la richesse relationnelle de « l’ultime fragilité ». Cela me rappelle ce proverbe burkinabè : « la vieille qui toussote, qui tremblote vaut mieux qu’une case vide ». Jamais la vie ne se réduit aux gestes du médecin, de l’aide-soignante, de l’infirmière, de la personne qui vient chaque matin faire la toilette. Jamais elle ne se réduit à la technique pas plus qu’aux quelques mots plus ou moins audibles, aux raisonnements apparemment illogiques, aux regards peu expressifs. La présence est toujours porteuse de vie.
Quand je visite les maisons de retraite et les EPHAD, c’est un moment de ressourcement pour moi, quel que soit l’état de santé de ceux qui sont là. Je partage alors aux résidents ce que je perçois et ressens de leur présence. Je leur dis qu’ils peuvent former entre eux comme de nouveaux monastères, de nouvelles abbayes. En effet, comme les moines et moniales, ils ne se sont pas choisis et leurs déplacements sont limités, comme eux ils sont invités à vivre une vie fraternelle pas toujours facile, comme eux encore ils peuvent prier personnellement et ensemble. Ils peuvent, comme dans les abbayes et les monastères, porter dans la prière les diocèses de Savoie et l’Eglise universelle, soutenir la mission. Chacun peut ressembler à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, carmélite, qui sans avoir jamais bougé, est la patronne des missions.
Dans ces visites, j’invite les équipes d’aumônerie à s’abonner à « Eglise en Savoie » pour connaître non seulement l’agenda de l’évêque, mais aussi ce qui se vit dans les diocèses de Savoie et dans l’Eglise universelle afin que, dans la prière, dans les échanges parfois, nos frères et soeurs âgées soient missionnaires. Je ne remercierais jamais assez le personnel soignant et administratif, la direction et le personnel technique qui font tout leur possible pour rendre ces lieux accueillants et adaptés.
« Baptisés et envoyés, l’Eglise du Christ en mission dans le monde » est le thème du Mois Missionnaire d’octobre. Il s’accorde parfaitement à tous les âges, à toutes les situations, à toutes les vocations. Partout où nous sommes, qui que nous soyons, que notre baptême nous rende missionnaires !

12 novembre 2019, mis à jour le 6 mars 2020