Quatre balises - Octobre 2020

Réflexion de Mgr Ballot - Octobre 2020

“Je suis avec vous tous les jours…” : Quatre balises, comme des Cairns, pour nous guider

Au début et à la fin du confinement nous avons été portés par la Parole de Dieu :

“Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba” (Marc 6, 50). Jésus est à nos côtés et nous demande de ne pas avoir peur.

“Ne t’ai-je pas commandé : “Sois fort et courageux !” ? Ne crains pas, ne t’effraie pas, car le Seigneur ton Dieu sera avec toi partout où tu iras.” (Jos 1, 9) dit le Seigneur à Josué après la mort de Moïse.

Ces deux versets étaient cités par le père Michel Euler, vicaire général, dans son communiqué du
7 mai dernier. Ils continuent à nous habiter. Nous souhaitons qu’ils nous habitent tous chaque jour.

Dieu est toujours présent à chaque instant dans nos vies et dans la vie de l’Église, dans la vie de chacun d’entre nous et de toute personne que nous rencontrons, dans la vie du monde.

“Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Mt, 28, 20).

La situation sanitaire que nous vivons nous invite aussi à beaucoup plus de souplesse, de plasticité dirait le pape François :

 “La paroisse n’est pas une structure caduque ; précisément parce qu’elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses qui demandent la docilité et la créativité missionnaire du pasteur et de la communauté”.
(“La Joie de l’Évangile” N° 28)

Nous avons retenu quatre points d’attention, des balises, pour nous aider à bien vivre cette nouvelle année pastorale. La situation sanitaire apparait comme un facteur d’accélération de la transformation missionnaire de nos paroisses, services, mouvements, communautés religieuses et associations de fidèles.

Pour chacun de ces points d’attention nous donnerons des exemples (en annexe), très simples et très concrets, de ce qui peut être vécu, afin de nous aider à continuer à mettre en œuvre cette transformation missionnaire :

1 - Donner du sens au présent.

Nous avons une boussole extrêmement précise, l’encyclique “Laudato Si’”. Les questions autour de l’écologie obligent la société à changer. Il nous faut vivre une réelle conversion. Il ne s’agit pas, pour le chrétien, d’être dans une simple logique de survie mais de redécouvrir ce qu’est la Vie, ce qui implique un autre rapport aux autres et à la nature. Notre rapport au temps doit changer. Le temps ne doit pas nous manger comme Kronos, dans la mythologie grecque, qui dévorait ses enfants pour ne pas être détrôné. Pour le disciple du Christ chaque minute, chaque seconde peut être un instant favorable, opportun, ajusté, un Kairos, car nous sommes dans le temps du Christ Ressuscité. Dans nos communautés, évitons donc d’accentuer un climat social déjà suffisamment anxiogène et favorisons plutôt un climat de confiance ! Cette conversion profonde ne se fera pas en quelques mois, elle peut demander des années, voire plusieurs générations. Cette année, année de la création pour fêter le 5e anniversaire de l’encyclique Laudato Si’, est l’occasion pour nous de faire évoluer un certain nombre d’attitudes ou d’habitudes.

2 - Ne pas être dans la tentation d’annuler nos projets…

Nos rencontres et nos célébration, au risque d’être perçus comme des promoteurs d’une logique d’abandon. Prenons le temps de réfléchir pour les vivre autrement, en transformant notre manière de faire et en rebondissant pour laisser place à une réelle créativité (exemples en annexe).

3 - Soigner les relations et les liens entre les personnes, les développer, toujours dans un esprit de gratuité.

Nous ne devons pas apparaître comme des personnes qui d’abord exigent quelque chose de ceux que nous rencontrons. Si nous demandons un service, il faut toujours le faire avec le désir d’associer la personne à ce que nous vivons, en la rendant participante.

Ne nous y trompons pas, il y a, dans cette attention aux autres, une réelle révolution dans nos manières de faire. Nous nous étions en effet assez facilement habitués aux absents : on ne les voit plus, disait-on, mais cherchions-nous vraiment à les voir, y compris avec l’aide du numérique ?

4 - Développer l’intériorité, la recherche personnelle plus intime.

La période actuelle nous interpelle. Ce que nous vivons travaille de l’intérieur toutes les personnes. Qu’il le reconnaisse ou pas, chacun est vraiment questionné au plus profond de soi-même.
Un libraire confiait que beaucoup de personnes venaient acheter des livres de spiritualité, évoquant la recherche personnelle en direction des spiritualités orientales.

Des auteurs qui ont fait réfléchir en leur temps sur le développement technique et les robots sont à nouveau lus, tels Bernanos ou Ellul. Dans les diocèses de Savoie, l’Enseignement catholique a retenu, au nombre de ses priorités pastorales, le développement de l’intériorité, en lien avec le Carmel (exemples en annexe).

A la lumière de ce que le Seigneur nous donne à comprendre aujourd’hui, nous découvrons mieux l’esprit dans lequel nous voulons vivre les mois et les années à venir. Le maître-mot reste plus que jamais la gratuité. Comme nous le rappelait le pape Benoît XVI, cité plusieurs fois par le pape François, on ne devient pas chrétien par prosélytisme mais par attraction et parce que cela donne envie.

Nous souhaitons à tous une belle année pastorale, la confiant à Notre Dame de Myans, priant le Seigneur avec l’aide du Vénérable Camille Costa de Beauregard.

Mgr Philippe Ballot, archevêque de Chambéry, Evêque de Maurienne et de Tarentaise
Et les membres du Conseil Episcopal élargi
P. Michel Euler, vicaire général
P. Louis Duret
M. Pierre Dionne
Mme Claire Cochet
Mme Sabine Le Bideau
M. Pierre Van Styvandael
M. David Mampouya

16 octobre 2020