« Avançons dans la confiance » Méditation de Mgr Verny - Avent 2025

A travers le te tableau de « La Madone des pèlerins » (1604), peint par Le Caravage, artiste italien réputé pour son traitement du “clair-obscur”, Mgr Verny nous aide à réfléchir pendant ce temps de l’Avent.

Le tableau de « La Madone des pèlerins » (1604), a été peint par Le Caravage, artiste italien réputé pour son traitement du “clair-obscur”.

Il s’agit ici de la rencontre de deux pèlerins avec la Vierge et l’Enfant Jésus. C’est de Lui, l’Enfant, que part la lumière ; elle se déploie sur le visage de Marie, elle rejoint les pèlerins et traverse le tableau en diagonale avec douceur.
Personnage principal, Jésus est aussi celui qui nous étonne : ce n’est pas le nourrisson dont nous avons l’habitude. C’est un petit garçon, bien de chez nous et bien en chair, dont le geste mobilise tout le monde : sa mère et les pèlerins. Il sourit, il bénit, il éclaire. Ainsi fait-il pour chacun de nous. 
Ainsi fait-il au long des jours pour notre Église en Savoie.
Cette présence attentive est souvent cachée, mais elle se laisse parfois reconnaître… Nous l’avons vue à l’oeuvre dans les évènements de cette année sainte, débordants de force et de joie : le pèlerinage à Rome, la béatification de Camille Costa de Beauregard, le pèlerinage des malades à Myans, les ordinations, les Routes de l’espérance… mais aussi dans les petits évènements.

Chacun de nous peut prendre le temps de compléter la liste, et surtout de rendre grâce
pour ce regard attentif de Jésus qui veille sur l’Église, sur nos diocèses, sur nous,

patiemment, personnellement, dans la vie de tous les jours.
La vie quotidienne justement… Les deux personnages agenouillés l’illustrent si bien : un
homme, une femme ; un plus jeune, une plus âgée ; des gens « normaux », les vêtements simples mais non négligés ; les pieds bien sales d’avoir marché, travaillé, vécu. L’humanité sans maquillage.

Tous les deux ont en commun leur démarche – le bâton en témoigne -, leurs mains jointes et surtout leur regard, comme aimanté par Jésus et Marie. Qu’apportent-ils ? Leurs chagrins, leurs soucis, leurs fragilités et peut-être leurs craintes pour l’avenir. Dans cette démarche suppliante, ne retrouvons nous pas notre propre situation, celle de nos familles, de nos amis ou de nos collègues, de nos paroisses, de la fragilité de nos communautés et de nos incertitudes légitimes ?

Avec les pèlerins du tableau, nous pouvons porter devant le Seigneur nos inquiétudes. Ne les regardons pas seuls, mais ensemble, dans cet élan du coeur qui sait à qui il fait confiance.
Les pèlerins sont suppliants mais ils n’ont pas peur. Comment pourraient-ils craindre un Dieu si proche, qui vient à eux par cette jeune femme lumineuse, douce et toute penchée vers leur pauvreté ? Certes, cet enfant que Marie donne au monde est bien lourd dans ses bras.
Marie ne nous promet pas des lendemains sans souffrance, des évangélisations à succès, des chemins déjà balisés.

Le secret de la paix de Marie est dans le linge blanc qu’elle porte dans ses mains. On
peut n’y voir qu’un simple drap, mais l’iconographie y reconnaît habituellement un linceul, celui qui ne s’est pas refermé sur la mort, le symbole même de la résurrection :

Jésus est bien le soleil qui ne connaît pas de couchant, devant qui il n’est pas de ténèbres qui résistent. C’est dans cette certitude que Marie trouve la joie qui lui fait esquisser un pas de danse.
Marie, madone des pèlerins : ce tableau résume à lui seul l’attitude profonde qui sera la nôtre pour vivre la démarche diocésaine qui se profile.

Dans cet esprit de confiance, une nouvelle étape s’ouvre pour nos diocèses.

  • Le synode diocésain de 2002 avait profondément marqué l’organisation paroissiale et pastorale, posant les bases de la vie ecclésiale que nous connaissons aujourd’hui.
  • En 2010, le projet global de catéchèse avait prolongé cet élan en renouvelant la manière d’annoncer la foi.
  • Plus récemment, la conversion pastorale a ravivé une dynamique missionnaire, en engageant un véritable travail de terrain qui a permis à de nombreuses paroisses de réfléchir à leur avenir. Et le parcours Néhémie nous a invités à disposer nos cœurs à l’œuvre du Seigneur.

Ces démarches ont nourri la réflexion diocésaine qui se poursuit en intégrant les initiatives récentes et le souffle apporté par les catéchumènes.

Aujourd’hui, notre Église en Savoie engage un nouveau discernement pour répondre aux appels du temps présent et préparer son avenir. L’an passé, je vous avais invités à réfléchir à ce qui nous empêchait de faire un pas. Aujourd’hui, nous poursuivons la démarche pour avancer vers l’avenir de nos diocèses, amorcée par la mise en place des pôles pastoraux.
Il nous faut prendre garde de ne pas griller les étapes, ni de poser les réponses avant les questions. Aussi cette année pastorale nous est donnée comme un temps pour mûrir notre démarche, afin qu’elle porte tous ses fruits en son temps … Nous allons ainsi prendre le temps de mieux comprendre la diversité de nos réalités pour permettre à chacun d’y participer, pleinement.

Dès à présent, chacun de nous est invité à vivre ces prochains mois de préparation à cette démarche diocésaine dans la prière. Demandons à la Vierge Marie de nous rendre disponibles et attentifs, de savoir nous mettre à la disposition de l’œuvre de Dieu qui, aujourd’hui encore, rejoint chaque personne.
Que ce temps de l’Avent nous aide à nous mettre en route ! Prenons chacun notre bâton de pèlerin et marchons dans la lumière de la foi, avec un regard ouvert et confiant sur ce qui vient. Gardons la joie d’être ensemble sous le regard du Seigneur, porteurs de sa lumière, pour que toute la Savoie s’émerveille toujours plus de son visage.

Confions ensemble ce travail et notre unité à Marie, Madone des pèlerins :

Sainte Marie, Mère des pèlerins, 
confiants dans ta douceur et ta tendresse maternelle,
nous venons à toi comme des mendiants
déposer nos prières, nos inquiétudes et nos discernements diocésains,
mais aussi nos intelligences, nos cœurs, et toutes nos énergies,
pour nous mettre au service de l’Église en Savoie.

Sainte Marie, Mère de l’espérance,
conduis nos pas vers ton Fils qui illumine tout.
Donne-nous la force d’accomplir sa volonté, humblement et joyeusement !
Et si le découragement obscurcit notre route,
Marie, réconfort du peuple en chemin, viens nous consoler.

Sainte Marie, Mère de l’Église,
Soutiens nos pasteurs,
nos prêtres et diacres dans leur ministère,
nos familles dans leur œuvre d’éducation
et tous les baptisés, religieux et laïcs,
dans leur engagement dans le monde,
pour que nous soyons ensemble
des témoins de la Bonne Nouvelle en Savoie.
Amen.

+ Mgr Thibault Verny
Archevêque de Chambéry, 
évêque de Maurienne et de Tarentaise

 

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26 novembre 2025, mis à jour le 28 novembre 2025