La croix est ô combien présente tout au long de la semaine sainte. Elle l’est aussi dans notre environnement chrétien comme dans notre cathédrale de Chambéry.
Prenons garde de ne pas nous habituer à ce signe si central car il n’est anodin. La croix est un instrument de mort, voire même de la peine de mort.
Imaginez de remplacer nos croix par des guillotines, cela serait marquant !
La croix est bien plus qu’un instrument de mort pour nous.
- Elle est le signe de l’amour de Dieu pour le genre humain, pour chacun d’entre nous : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il nous a donné son Fils. »
- Elle est aussi le signe de la proximité de Dieu qui vient rejoindre notre condition humaine, même au cœur du scandale de la souffrance innocente, même au cœur de la nuit de la mort le vendredi saint.
- Elle est pour nous le signe de l’espérance car, en Jésus ressuscité, nous est manifesté que la mort n’a pas le dernier mot. Jésus a vaincu la mort.
- Elle montre enfin à chacun d’entre nous l’exigence et la cohérence de la foi chrétienne à travers les deux axes de la croix.
Laissons-nous guider par ces deux axes de la croix, en cette messe chrismale, pour raviver nos chemins de baptisés qui nous mènent à l’espérance du dimanche de Pâques.
À travers l’axe verticale de haut en bas, nous réalisons que Dieu vient jusqu’à nous, le tout-autre se fait tout-proche. Non seulement le Seigneur vient nous rejoindre, mais il vient agir en nos vies, tout spécialement à travers les sacrements, lieux privilégiés où le Seigneur prend soin de nous.
Par les huiles saintes qui vont être tout à l’heure bénies et consacrées, nous réalisons que le Seigneur veut passer par nous, évêque, prêtres, diacres, pour manifester au monde sa sollicitude et son amour. Nous ne sommes pas propriétaires des sacrements mais de fidèles serviteurs de la Bonne Nouvelle. Et nous répondons à cet appel du Seigneur que nous avons reçu au jour de nos ordinations grâce, avec, et malgré ce que nous sommes. Le renouvellement de nos promesses d’ordinations est l’occasion pour nous de demander au Seigneur de raviver en nous le don qu’il nous a fait, de nous purifier et simplifier. C’est aussi pour nous l’occasion de nous confier à votre prière, frères et sœurs, pour que nous soyons de fidèles serviteurs appelés à entrer dans la joie de notre Maitre.
Ce soir, nous prions aussi pour tous ceux qui recevront les sacrements dans les prochains mois. Je pense en particulier aux personnes malades, aux baptisés et confirmés, et aussi à Grégoire qui sera ordonné prêtre la fin du mois de juin.
Frères et sœurs, ravivons notre prière pour les vocations sacerdotales, prière de confiance au Seigneur, lui qui prend de son Église et nous donne des pasteurs selon nos cœurs.
L’axe verticale de la croix peut se prendre aussi de bas en haut et nous amener à nous tourner vers notre Père qui est aux cieux. Avec vous, frères et sœurs, nous pouvons faire nôtre l’exclamation de saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. » Nous voici portés et associés à la joie des catéchumènes qui approchent de la nuit de Pâques où ils seront baptisés. Ils sont autant de cadeau dont il nous faut prendre soin. Permettez-moi de vous partager une réflexion personnelle : l’augmentation année après année du nombre de catéchumènes nous réjouit et étonne même dans les autres pays européens. Gardons-nous de vouloir dénombrer et nous glorifier. Gardons aussi à l’esprit que bien plus que des données chiffrées globales, ce sont autant d’histoires uniques aux yeux de Dieu : 1+1+1+1… Puissions-nous les accueillir au sein de nos communautés et avoir à cœur de les accompagner dans la durée.
Voici que Dieu nous envoie vers notre monde à travers l’axe horizontale de la croix. Déjà Pierre et Jean s ‘exclamaient dans les Actes des Apôtres : « nous ne pouvons pas ne pas proclamer ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4,20). A leur suite, c’est un envoi en mission que nous recevons tous ce soir, avec, grâce et malgré ce que nous sommes. Si l’iconographie représente le missionnaire souvent zélé, énergique, bravant les dangers et l’hostilité aux extrémités de la terre, n’oublions pas que le missionnaire est aussi l’humble personne, fragile, qui témoigne par l’unité et la cohérence de sa vie, parfois discrète. Dès lors, tous à notre façon, nous prenons notre part à l’annonce de l’Évangile.
Envoi en mission pour l’annonce de l’évangile, et aussi envoi pour aller trouver le plus petit, le plus fragile, celui que bien souvent nous oublions. Tout spécialement cette semaine sainte, le visage des pauvres sera celui de Jésus défiguré sur la Croix. « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » Cette invitation à aller vers les plus fragiles n’est pas optionnelle. Nous l’avons entendu dans la prophétie d’Isaïe, reprise par Jésus dans la synagogue de Nazareth : les pauvres sont les premiers destinataires de la Bonne Nouvelle (Is 61,1).
Enfin, l’axe horizontal de la Croix nous rassemble et nous recentre sur Jésus. Baptisés et membres de l’Église, nous formons le corps du Christ (1Co 12,27). C’est un appel et une exigence pour nous à vivre dans l’unité. Cette unité n’est pas une uniformité, ni un code de conduite de façade. Cette unité nous la recevons de la charité du Christ qui a donné sa vie pour l’Église.
Frères et sœurs, au début de la semaine sainte, nous recevons la croix non comme un fardeau mais comme un signe de l’amour du Seigneur pour chacun de nous. Comme un signe d’espérance car le Seigneur nous donne sa vie pour que nous ayons la vie en plénitude.
Comme je vous l’avais partagé dans ma méditation du temps de l’Avent, c’est sous ce signe de l’espérance que les diocèses de Savoie se mettent en route dans une réflexion et un discernement pour s’écouter, saisir les attentes, regarder l’avenir tout en tenant compte de nos trésors et nos fragilités. Cette année est consacrée à la préparation de cette démarche des diocèses de Savoie et sera suive dans les prochains mois par une mise en mouvement de nos communautés paroissiales.
Avec vous, chers frères prêtres et diacres, chers consacrés, chers baptisés, je rends grâce pour la vie que nous donne le Seigneur et dont nous faisons mémoire au cœur de cette messe : « Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils. »
