Homélie de Mgr Verny - Ordination du 28 juin 2026

Messe d’ordination sacerdotale de Grégoire Quillet, le 28 juin en la cathédrale de Chambéry. 

Frères et sœurs,

En cette solennité des saints Pierre et Paul, notre première attitude est celle de l’action de grâce. Nous rendons grâce pour ces deux grands apôtres dont le témoignage continue de porter l’Église à travers les siècles.

Nous rendons grâce aussi pour ce que le Seigneur accomplit aujourd’hui au milieu de nous à travers l’ordination sacerdotale de Grégoire. Cette célébration est un signe de la fidélité de Jésus à sa promesse lui qui a dit à ses disciples : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps. » Ainsi, Jésus continue de prendre soin de l’Eglise et donc de chacun d’entre nous, dans les joies et dans les épreuves.

Au début de la célébration, après l’appel de Grégoire par son nom, j’ai posé cette question :
 « Savez-vous s’il a les aptitudes requises ? » La question est importante. L’Église, en effet, ne confie pas le ministère sacerdotal à la légère. Elle vérifie, elle discerne, elle accompagne. Et à ce titre, je remercie tous les formateurs qui ont été mis sur la route de Grégoire, pour leur travail souvent caché mais ô combien incontournable.

Mais les lectures de ce jour nous permettent de comprendre plus profondément ce que sont ces « aptitudes requises ». Elles ne désignent pas d’abord des qualités humaines exceptionnelles, des compétences particulières ou une perfection morale. Pierre lui-même ne répondrait sans doute pas aux critères que nous serions tentés d’établir. Il a été en effet impulsif, parfois incompréhensif, et il a même renié Jésus au moment décisif.

Pourtant c’est bel et bien Pierre que Jésus choisit.

L’aptitude fondamentale de Pierre, et de tout prêtre, est d’avoir laissé le Christ entrer dans sa vie, la transformer et la remplir de sa présence. Dès lors, le véritable discernement consiste à reconnaître si un homme consent à ce que le Seigneur agisse en lui et à travers lui.

C’est précisément ce que nous entendons dans l’Évangile. Sur les bords du lac, Jésus ne demande pas à Pierre : « Es-tu capable ? Es-tu à la hauteur ? Seras-tu efficace ? » Il lui demande simplement : « M’aimes-tu ? »

Toute la mission sacerdotale est suspendue à cette question.

Trois fois Pierre répond. Non plus avec l’assurance du disciple qui se croyait plus fidèle que les autres, mais avec l’humilité de celui qui connaît désormais sa pauvreté : « Seigneur, toi, tu sais tout ; tu sais bien que je t’aime. »

Et c’est alors seulement que Jésus lui confie son troupeau : « Sois le pasteur de mes brebis. »

Cher Grégoire, aujourd’hui encore, c’est sur cette réponse d’amour que le Seigneur vous appelle à devenir prêtre.

Le ministère que vous recevez ne repose pas d’abord sur vos capacités personnelles, combien même elles seraient extraordinaires, mais sur cette relation vivante avec le Christ. Le peuple de Dieu n’attend pas de vous un homme parfait ; il attend un homme habité par le Seigneur, un homme qui lui laisse la première place, un homme qui puisse conduire les autres vers Celui qu’il aime.

La première lecture que nous avons entendue nous montre ce que produit une telle existence. À la porte du Temple, un infirme tend la main et attend quelques pièces de monnaie. Pierre lui répond : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne. »

Cette phrase résume admirablement le ministère apostolique.

Pierre ne donne pas ce qu’il ne possède pas. Il donne ce qu’il porte en lui : la présence du Christ ressuscité. Voilà sa richesse. Voilà son trésor. Voilà sa force.

Le prêtre est appelé à faire de même. Bien sûr, il apporte ses talents, sa personnalité, son intelligence et sa générosité. Mais ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel est qu’il puisse dire, à travers sa prédication, les sacrements qu’il célèbre, l’écoute qu’il offre et la charité qu’il exerce : « Ce que j’ai, je te le donne. » Et ce qu’il donne, c’est toujours le Christ.

L’infirme se lève alors, marche et entre dans le Temple en louant Dieu. Toute mission sacerdotale vise ce miracle discret et quotidien : permettre à des hommes et des femmes de se relever, de retrouver l’espérance et d’entrer plus profondément dans la communion avec Dieu.

Enfin, Jésus conclut son dialogue avec Pierre par ces mots : « Suis-moi. » Il lui annonce même que ce chemin le conduira jusqu’au don total de sa vie. Car aimer Jésus ne consiste pas seulement à prononcer une réponse généreuse un jour d’ordination ; c’est consentir chaque jour à marcher derrière lui.

Pierre et Paul ont suivi ce chemin jusqu’au bout. C’est pourquoi leur témoignage demeure fécond pour toute l’Église.

Frères et sœurs, en ce jour, soyons dans la joie et la confiance. Par sa fidélité, aujourd’hui encore, le Seigneur prend soin de son Église. Aujourd’hui encore, il appelle. Aujourd’hui encore, il donne des pasteurs à son peuple.

Que cette ordination soit pour nous tous un motif d’espérance et qu’elle ravive notre prière pour les vocations sacerdotales et religieuses. Car le Christ continue de passer sur les rivages de notre monde, de regarder des hommes et des femmes, tet de leur dire : « Suis-moi. ».

Et lorsque quelqu’un répond à cet appel, c’est toute l’Église qui reçoit un cadeau de Dieu.

Amen.

Voir l’album photo de l’ordination du 28 juin 2026

2 juillet 2026